



| Psychothérapeute |
| © 2007 sosbenjamin-onecr |
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Toutes
ces pratiques sont très diversifiées, les déterminants extrêmement complexes et
les attentes sont grandes tant sur le plan de la prévention que sur celui du
soin. Travaillant depuis plus d’une dizaine d’années en tant que clinicien et
universitaire sur les conduites à risques, je suis régulièrement confronté à des
situations évoquant tant les avatars de l’adolescence que de réels comportements
à problèmes. En
effet, les comportements dangereux recherchés de façon plus ou moins
intentionnelle sont inhérents au développement de tout enfant et tout adolescent
(ex : usage de substances psycho actives, conduites sportives à risques,
conduite dangereuse en véhicules motorisés etc.
). Ils
peuvent aussi à l’extrême se caractériser sous une forme violente au travers des
conduites auto-mutilatoires, de conduites accidentelles répétées voire de
tentatives de suicides. Tous
ces comportements de par leur fréquence, leur sévérité, posent avec acuité la
question du normal et du pathologique. Sont-ils un des moyens que certains adolescents utilisent pour
s’individualiser ? Sont6ils l’expression d’un profond malaise psychique
voire d’un trouble psychopatholoqique chez l’enfant ? Dans tous les cas,
les conséquences de ces comportements pratiqués hors du contrôle des adultes,
sont souvent dramatiques tant sur le plan de la morbidité que celui de la
mortalité. L’une
des difficultés auxquelles les professionnels de la santé de l’éducation sont
confrontés, c’est l’étendue de toutes ces conduites qui sont souvent amalgamées
les unes aux autres. A partir de ma pratique clinique mais aussi au travers de
mes différents travaux universitaires il apparaît que les jeux dangereux se
distinguent en deux types de pratiques, les jeux d’agression et les jeux de non
–oxygénation. Dans
ces deux pratiques, il est indispensable de repérer la participation active ou
passive du jeune, Participe –t-il toujours en connaissance de cause ou au
contraire subit-il ce jeu en tant que
victime ? Car
au-delà de l’aspect protéiforme de toues ces conduites, ce qui me semble
important de souligner c’est le caractère intentionnel .La notion
d’engagement délibéré suggère que le jeu détient une réelle fonction pour le
jeune, qu’il peut répondre à certains de ses
besoins. L’age
semble être un élément déterminant puisque nous constatons que la fréquence et
l’intensité des conduites à risques augmentent avec l’age jusqu’à l’adolescence
puis diminuent. Les transformations corporelles, morphologiques et
physiologiques à l’adolescence favorisent les comportements de l’agir
L’augmentation quantitative de la force physique, intervient nettement
dans les conduites d’essais qui permettent au jeune l’exploration personnelle de
son identité. La prise de risque, apparaît donc comme un des éléments
fondamentaux des processus d’acquisition, d’indépendance et
d’individualisation. Appréhendée comme conduite sociale (ex : établissant une identité
pour le sujet), elle peut-être pour certains jeunes une voie effective pour
gagner l’indépendance vis-à-vis du contrôle
parentale. L’adolescent, en testant son courage à affronter le danger, bise
symboliquement les barrières de l’enfance en devenant partie intégrante du
groupe de pairs, rattachant ainsi la prise de risque à l’une des plus vieilles
traditions de l’humanité : celle du rite de
passage. Aussi
il est important de rappeler que le risque fait partie de la vie, il faut
parfois prendre des risques pour se sentir exister, sur le plan physique bien
sur( ex : conduites à risques) mais sur le plan social , professionnel voir
intellectuel . Cet
enjeu existentiel sera de concilier à la fois ce besoin d’exploration impliquant
une prise de risque avec le besoin quasi-contradictoire de sécurité .
Toute
cette problématique identitaire est particulièrement active à l’adolescence, ou
à la fois le jeune a chercher à se séparer du monde de l’enfance en adoptant
parfois des comportements dangereux et à la fois cette insécurité difficile à
gérer le conduira à rechercher un soutien parental
. Tous
ces comportements dangereux chez l’adolescent sont aussi la traduction de cette
ambivalence. En tant que spécialiste des adolescents et des conduites à risques,
il me faut souligner le fait que certains adolescents prenant des risques vont
utiliser leur comportement pour interpeller les adultes. Il s’agit, d’une sorte
de symptôme d’appel par lequel ils recherchent une aide extérieure, quelqu’un
qui pourrait les soulager d’une douleur
intérieure. Mais la
plupart des jeunes qui prennent des risques vont bien, ils sont curieux de tout,
et c’est ce qui peut les pousser à tester de nouveaux jeux susceptibles
d’induite une excitation, une sensation forte
. Aussi
bien que certaines conduites à risques puissent s’assimiler à des comportements
d’auto sabotage ; pour la majorité des joueurs, il ne s’ait pas de
comportement suicidaire, au contraire, il s’agit de conduites permettant au
jeune de se rassurer sur son sentiment
d’existence. La mort
n’est pas ici recherchée, elle est au contraire instrumentalisée, elle est un
moyen que le jeune utilise pour restaurer un sentiment d’identité défaillant. Le
jeune se place dans une dynamique psychique basée sur la nécessité d’être excité
par la peur pour se sentir exister. Et sans le sentiment du risque encouru, la
pratique de ce type de jeu n’aurait pas ce retentissement, cet impact sur le
jeune comme sur les pairs. Mais
au-delà du risque accidentel, le danger est que cette excitation s’auto
entretienne avec pour conséquence l’apparition d’un certain degré de dépendance
comme c’est sans doute le cas pour les jeunes qui jouent au jeux de non
oxygénation plusieurs fois par jour . Ainsi
dans les jeux violents il semble important que le clinicien repère tant le
caractère pathologique de ces comportements que leurs effets délétères sur le
fonctionnement psychologique, adaptatif de
l’enfant. La mise
en place de programmes de prévention s’avère donc essentielle pour endiguer tous
ces jeux dangereux qui touchent de très nombreux enfants, et nous ne pouvons pas
circonscrire la pratique de ces conduites uniquement à des enfants qui vont mal,
voir qui présentent un trouble
psychologique . Les actions préventives doivent être spécifiques selon le type de
population concernée (ex : enfant versus adolescent)
. Chez
l’enfant, l’information sera d’autant plus nécessaire qu’il n’a pas une
conscience claire des conséquences négatives de ses actes, que la notion
d’irréversibilité indispensable à la compréhension de la mort, ne se met en
place que vers sept- huit ans. Chez
l’adolescent, les enjeux développementaux rendent l’entreprise beaucoup plus
difficile. Par exemple, les campagnes s’appuyant sur la mise en évidence des
conséquences liées aux comportements à risques peuvent être
contreproductives. En
effet, la plupart des jeunes expérimentent des comportements à risque bien
qu’ils aient connaissances des conséquences associées à ces conduites. La
connaissance des risques n’apparaît pas comme un facteur de protection. Au
contraire, l’information inciterait même paradoxalement certains adolescents à
recherche des risques. Aussi
en termes de prévention le message ne doit être ni incitatif, ni moralisateur.
Il faut au contraire initier le débat et favoriser la communication avec les
enfants et les adolescents, afin de tester leurs motivations à pratiquer ces
jeux et non pas pour renforcer leur tendance naturelle à l’opposition (
ex : adolescent) la notion de prise de risque peut être très utile en
matière de prévention car rappelons qu’elle implique, une décision, un choix, un
acte volontaire . Or, il
apparaît que dans certains cas, il ne s’agit pas réellement d’un choix puisqu’il
est dicté par la crainte de décevoir les copains, d’être exclu du groupe de
pairs ou de satisfaire un besoin de curiosité, d’une stimulation forte . Donc,
il s’agirait ainsi de montrer à l’adolescent preneur de risque qu’il peut être
maître de ses choix . Il s’agit de redonner tout son sens au terme
décision. Prendre
une décision, c’est décider seul, c’est s’impliquer dans une activité, c’est
faire preuve de responsabilité, et c’est aussi dans une certaine mesure grandir
et non prendre des risques de façon inconsidérée. Choisir de ne pas prendre des
risques c’est justement renoncer à être passif et faire comme les autres.
Être
capable de dire non, c’est être actif dans ses choix. Prendre le risque de dire
non aux copains, c’est aussi un acte «
individualisant ». Aussi
une prévention efficace passe par une certaine médiation, qui incite les jeunes
à se poser des questions sur leurs comportements, leurs activités, à réfléchir
sur leurs décisions et leurs conséquences. Il s’agit d’une prévention qui en
définitive tend à les responsabiliser et non à les placer dans une situation où
ils reçoivent passivement une information. La
prévention par l’éducation est sans doute la meilleure prévention.
Elle
doit être axée sur l’enfant, mais aussi et surtout sur les parents et les
professionnels (professeurs des écoles, éducateurs, psychologues, médecins etc )
Le
remarquable travail entrepris depuis plusieurs années par Magali DUWELZ et son mari est un relais important pour les
professionnels de la santé et de l’éducation confrontés à ce type de
situations. Leur
travail mené dans le cadre de leur association est à la fois salvateur pour les
parents d’enfants de victimes, mais aussi informatif pour les familles ne
connaissant pas toutes ces jeux. Aussi, si j’ai accepté de rédiger cette note,
c’est que j’estime que le combat des parents d’enfants victimes de jeux
dangereux est non seulement légitime et courageux mais aussi parce que la
prévention doit être une priorité. Dr Grégory Michel psychothérapeute et Maître de
conférence Tours, le 23 juillet 2006
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